Article paru dans LE NOUVEL OBSERVATEUR n°2150, le 19 janvier 2006


 

Nathalie Baye : « Mon âge, c'est celui de ma liberté »

« Je me rappelle la réponse de Suzanne Flon à un monsieur très chic qui lui demandait son âge : "Monsieur, on ne demande pas son âge à une femme et encore moins à une actrice. Une actrice a l'âge de ses rôles."
Je suis d'accord avec elle. Mon âge, c'est celui de ma liberté d'actrice. Y compris quand je joue le rôle d'une femme usée et alcoolique dans mon dernier film, le Petit Lieutenant. Il ne faut pas non plus se fier aux photos de stars. Depuis toujours, on les retouche, on les "lifte". Rappelez-vous celles de Garbo ou de Marilyn.
L'obsession de la jeunesse à tout prix véhiculée par les magazines féminins me paraît inquiétante. N'être plus que dans le paraître peut devenir atrocement douloureux, dangereux même. Les femmes – ou les hommes – ne supportent plus leurs rondeurs, leurs rides. On n'a plus le droit d'être fatigué, pâle... C'est absurde. L'important, c'est d'être en harmonie avec soi-même : une minijupe et un front lisse comme un oeuf, à 60 ans, ça vieillit. Si un jour j'en ressens le besoin, j'aurais recours à la chirurgie esthétique. Pourquoi en faire toute une affaire ? On ne s'offusquait pas des premiers dentiers... Et pourtant ça rajeunissait drôlement ! Alors, pourquoi pas aujourd'hui un coup de bistouri ou des injections ? Pour des gens qui ont un public, comme les acteurs ou les politiques, cela fait partie du métier. Mais pour moi le vrai secret de la jeunesse est dans la passion des choses, des gens. Il est dans la poursuite de ses rêves. Tant qu'il y a du désir, il y a de la jeunesse. La pire des rides, c'est l'ennui. »

Nathalie Baye a 57 ans.