Article paru dans VERSION FÉMINA, le 16 Février 2003


Bourgeoise coincée dans La Fleur du mal de Chabrol, mère volage de DiCaprio dans le dernier Spielberg, elle sait tout jouer. Lumineuse, elle parle avec sincérité de ses choix.

Propos recueillis par Anne Michelet.

Version Fémina : Enfin, Claude Chabrol ! Il manquait ce grand cinéaste dans votre filmographie...
Nathalie Baye : Nous avions eu un projet, il y a longtemps, qui n'avait pu aboutir pour des problèmes de dates. Alors, cette fois, j'ai tout de suite dit « oui ». J'étais enchantée de tourner avec lui. Sa réputation est vraie : c 'est la crème des hommes. Il fait partie de ces metteurs en scène attentifs au confort et au plaisir de ceux qui travaillent avec lui, acteurs comme équipe technique. C'est un homme intelligent et ouvert qui sait obtenir les choses par la douceur. Ce tournage a été jubilatoire.

Version Fémina : Qu'est-ce qui vous a séduite ?
Nathalie Baye : Le scénario était bien écrit, le personnage aussi. Anne Charpin-Vasseur est un vrai rôle de composition qui m'a beaucoup amusée. Elle a un côté exaspérant, presque caricatural, mais elle est aussi émouvante. J'aime ce tempérament de femme courageuse, qui se bat pour garder la tête hors de l'eau.

Version Fémina : Comment avez-vous construit votre personnage ?
Nathalie Baye : J'ai été très vigilante quant aux détails et Claude m'a laissée libre. La costumière avait sélectionné des tenues séduisantes, que j'ai refusées parce qu'elles ne correspondaient pas au rôle de cette bourgeoise coincée dans ses tailleurs. Je me suis même fait une tête avec catogan et choucroute ! Bien sûr, ce n'est pas très flatteur, mais une actrice doit aller vers un personnage et non l'inverse. C'est ce qui me plaît. Plus un rôle est loin de moi, plus il m'intéresse.

Version Fémina : Vous avez également retrouvé Suzanne Flon...
Nathalie Baye : Quand on a la chance de rencontrer cette femme, on ne la lâche pas. Elle est étonnante. Elle a un don merveilleux : elle s'intéresse à tout. Nous avons tourné à Bordeaux et, le dimanche, nous nous baladions sur les marchés, dans les jardins. Quand je la regarde, je n'ai pas peur d'avancer dans la vie.

Version Fémina : Ce mois-ci sort également Arrête-moi si tu peux de Steven Spielberg. Une expérience totalement différente ?
Nathalie Baye : C'était très réjouissant d'être choisie par lui. Je n 'ai jamais eu de rêve américain parce que j'ai toujours été très gâtée en France, et ils ont tant d'actrices magnifiques. Mais on ne refuse pas un rôle, même petit, à Spielberg ! Il est comme Truffaut, Godard et Chabrol : un amoureux fou du cinéma. Et puis, les grands sont toujours simples. Se retrouver sur un plateau avec eux est un cadeau.

Version Fémina : Vous est-il arrivé de solliciter un réalisateur ?
Nathalie Baye : Je ne l'ai jamais fait. Orgueil, éducation ou timidité, je ne sais pas, mais je n'ose pas. En réalité, je n'ai de l'audace que quand on dit « moteur ». Je le regrette parce que nous, les acteurs, aimons être désirés. Je pense que c'est la même chose pour un réalisateur.

Version Fémina : Un déclic semble s'être produit dans votre carrière depuis Absolument fabuleux.
Nathalie Baye : Non, ce fut avec Un week-end sur deux, de Nicole Garcia. C'était un rôle dangereux, une femme à la dérive. Soudainement, on a eu une autre image de moi. Ensuite, avec Absolument fabuleux, j'ai entendu : « Tiens, elle peut jouer des dingues ! » Mais j'ai toujours eu ce désir. Déjà, au Conservatoire, je passais de la comédie à la tragédie.

Version Fémina : Votre liberté est primordiale. C'est aussi ce qui vous a poussée à diversifier vos rôles ?
Nathalie Baye : Je suis une malade de la liberté. Je ne veux pas être cataloguée. Jouer, c'est s'échapper du quotidien, rentrer dans d'autres histoires, d'autres vies. C'est une grande chance que l'on me propose ces voyages.

Version Fémina : Vous êtes plutôt du genre raisonnable ou déraisonnable ?
Nathalie Baye : Paradoxale. J'aime l'idée de me mettre en danger pour un film, mais j'ai aussi besoin d'être rassurée par quelque chose. J'ai une maison en Creuse depuis vingt-six ans où je côtoie des gens aux antipodes de mon métier. Je suis amoureuse de cette région et j'adore y accueillir mes amis et mener la vie de tout le monde à la campagne : faire des promenades, des feux de cheminée, de la cuisine...

Version Fémina : Est-ce que votre formation de danseuse classique vous a aidé ?
Nathalie Baye : Elle a été déterminante dans ma manière d'aborder la vie en m'empêchant, dans des périodes fastes, de perdre la tête ou de sombrer lors des creux. À 14 ans, j'ai suivi les cours de danse d'une Russe aussi géniale que terrible. Cette rigueur et cette discipline m'ont été utiles. Les comédiens sont gâtés et il me paraît toujours invraisemblable d'entendre parler de souffrances sur un tournage. Qu'ils passent une jouméeà l'Opéra...

Version Fémina : Laura, votre fille, a choisi le cinéma. Quelle a été votre réaction ?
Nathalie Baye : Elle n'aime pas trop que je parle d'elle, mais nous avons beaucoup discuté. Nous sommes très proches. Elle a abordé son travail de manière saine et rigoureuse. Elle connaît les aléas de ce métier. Je ne crois qu'aux vertus du travail et ne me laisse pas abuser par les paillettes. Elle n'ignore pas qu'être enfant de parents connus ouvre très vite les portes mais les referme encore plus rapidement à la moindre erreur.