Nathalie Baye en couverture du magazine Rolling Stone en avril 1990  

Article paru dans ROLLING STONE n°27, avril 1990

L'héroïne du premier film de Nicole Garcia, Un week-end sur deux, qui pourrait bien se retrouver à Cannes, jette sa coiffe d'infirmière et arrache l'étiquette de petite fiancée de la France qui lui colle aux basques.

Par Gaillac-Morgue.
Photos : Bettina Rheims.

Flash-back. 26 février 1982. Septième nuit des César. Un bataillon de photographes mitraille l'héroïne de la soirée. Sur l'immense plateau du Grand Rex, Nathalie Baye laisse exploser sa joie. Son césar de la meilleure actrice blotti dans les bras, elle avoue avec humilité se sentir vraiment « toute petite » comparée à Romy Schneider, disparue en mai dernier et "hommagée" ce soir-là. La balance de Bob Swaim est le grand triomphateur de la party : césars du meilleur film, de la meilleure actrice pour Baye et du meilleur acteur pour Philippe Léotard. Les "professionnels de la profession" venus en métro (une initiative bizarro-popu jamais reprise depuis !) applaudissent chaleureusement. Là-haut sur le podium Nathalie savoure sa victoire. Après le dîner de gala, un peu pompette, elle en oubliera son césar sur sa chaise !

Photo de Nathalie Baye parue dans le magazine Rolling Stone en 1990
 

Photo de Nathalie Baye parue dans le magazine Rolling Stone en 1990

Dix ans pour s'imposer en tête d'affiche. Devant ses écrans, le public est ravi. La Nathalie, on l'aime bien. Un petit bout de femme résolument positive. Elle séduit par son naturel et l'évident plaisir qu'elle prend à se donner dans ses rôles, avec cette force et cette fragilité rassemblées, cette mélancolie discrète, « son intériorité frémissante », dit Tavernier. Malgré sa volonté de briser les étiquettes en jouant les putes dans La balance ou les filles légères dans Notre Histoire, Nathalie Baye garde aux yeux du public l'image rassurante d'une jeune femme déterminée, "sécure", indépendante, qui a en elle une volonté incompressible de liberté.
Une image floue ? Peut-on vraiment traverser dix-sept ans de carrière avec cette sérénité affichée ? Nathalie reconnaît avancer dans ce métier sous un ciel sans nuages. Une des rares comédiennes par exemple à avouer aucun conflit, aucun rapport de force avec des Godard ou des Pialat ! Quelle part de mystère se cache derrière ce blindage à toute épreuve ? Est-il vraiment aussi facile dans cette mare aux requins de surnager tranquille la tête hors de l'eau ? Pour Rolling Stone, Nathalie a décidé de se foutre à la baille. Elle parle de son enfance, de ses parents, de ses amours, de son métier d'actrice.

Le cinéma était venu par hasard. À treize ans, l'ado passionnée de danse quitte l'école pour enfiler les chaussons roses. Pendant de longues années, elle s'obstine à raison de six heures par jour en fouettés, entrechats et jetés battus dans les cours de New York et à Monaco avec la terrible Marika Besobrasova, le professeur de danse classique qui a formé Noureev. « Quand, à treize ans, vous êtes formée par un professeur russe qui vous traite comme de la crotte devant tout le monde et vous fait recommencer pendant deux heures et demie un battu, alors ensuite travailler avec Godard ou Pialat c'est de la rigolade ! » dit Nathalie. À Paris, une copine l'entraîne au Cours Simon « pour voir ». À dix-neuf ans, Nathalie se pique au jeu de la comédie et passe avec succès le concours d'entrée au Conservatoire. Le hasard encore, et la débutante qui potasse le rôle de Camille de On ne badine pas avec l'amour, se retrouve en 1972 devant les caméras de Robert Wise dans Two People (Brève Rencontre à Paris). « Je ne savais même pas que Wise avait réalisé West Side Story ! J'avais juste une courte scène où je devais draguer Peter Fonda. » Le film, qui relate l'errance d'un déserteur du Viêtnam décidé à retrouver sa place dans la société, se fait ratatiner par la critique. Traité de film "lourdaud" voire "sacrément pute", une œuvre de propagande "destinée à montrer aux brebis égarées que le retour au bercail est la meilleure solution" (France Soir). La deuxième expérience de Nathalie Baye sera plus chanceuse.

Truffaut lui donne le rôle de la script-girl dans la Nuit américaine. « Truffaut avait une idée très précise du rôle, un personnage assez proche de sa scripte et assistante Suzanne Schiffman, une fille un peu garçon. Il ne m'a pas arrangée. J'étais vraiment laide avec des lunettes et des cheveux qui pendaient. Les premiers rushes m'ont gâché tout le tournage. J'étais persuadée que Truffaut était effondré par mon travail et qu'il n'osait pas me le dire... ». Le film connaîtra un vif succès. Nathalie, remarquée par Pialat, tourne La gueule ouverte. « Quand on a la chance de débuter avec Truffaut et Pialat, ça vous positionne vis-à-vis des gens du métier et ça donne une certaine exigence. Si vous apprenez à lire avec la collection Harlequin, il y a peu de chance pour que vous passiez ensuite à Malcolm Lowry. »
Pourtant, avant de se retrouver au-dessus du volcan, Nathalie traverse une période chaotique. Filmographie commentée par l'intéressée : « La Gifle (Pinoteau), Un jour la fête (P. Sisser), Le voyage de noces (Nadine Trintignant), Le plein de super (Cavalier)... Une grande série de panouilles, de flipettes, de remises en question. J'étais retombée dans le trou. Truffaut m'a offert une scène dans L'homme qui aimait les femmes avant de me redonner ma chance avec un premier rôle féminin dans La chambre verte. Puis à nouveau les panouilles, Mon premier amour (Chouraqui), La mémoire courte (de Gregorio) dont je n'ai toujours pas compris le scénario... » Un Godard et ça repart (Sauve qui peut la vie, avec en prime un césar du meilleur second rôle féminin). Nathalie cartonne : Une semaine de vacances de Tavernier, La Provinciale de Goretta et Le Retour de Martin Guerre de Daniel Vigne. « Miou-Miou avait refusé le rôle pour faire un film nullissime que j'avais refusé, c'est marrant ! »

Jusqu'en 1984 Nathalie Baye conforte sa position en première place des grandes du cinéma français avec deux succès commerciaux, J'ai épousé une ombre de Robin Davis et Rive droite, rive gauche de Labro, et deux films "d'auteur" perturbants, Notre histoire de Bertrand Blier avec Delon et Détective de Godard avec Hallyday. Nathalie actrice et maman d'une petite Laura devient la star number one des couvertures de presse. Le ramdam médiatique se calme dans les années qui suivent. Le public reste sourd à l'appel du Neveu de Beethoven d'un Paul Morissey bien éloigné de sa Factory wahrolienne. « Je n'avais pas lu le scénario, j'ai accepté pour ma tante productrice qui avait besoin d'une actrice française de renom afin d'avoir une part production. » Lune de miel (Patrick Jamain), En toute innocence (Alain Jessua) et De guerre lasse (Robert Enrico) ne resteront pas gravés dans les mémoires.

Printemps 1990. Paris.
Nathalie offre café et nougat dans son appartement cossu-classique. Seule fantaisie apparente, une collection de grenouilles éparpillées sur la table du salon entre la boîte de Scrabble et le Monopoly. Epinglé sur un coin de mur, le dessin d'un chat croqué avec un talent certain par Laura. Plusieurs vases superbes en verre soufflé d'un ami artiste à Biot attendent leur bouquet. Et un croquis de femme généreusement nue signé Baye-père. Avant de papoter sur l'actu et le retour en force de Nathalie dans le beau film de Nicole Garcia, Un week-end sur deux, achevons de flash-backer.
« Pendant toute une période, ma vie d'actrice a été enfouie par ma vie privée. C'est très difficile à manager, on a l'impression de ne plus exister. Il y a des moments où j'en ai ras le bol, non pas de jouer, car pour moi c'est un besoin vital, mais de toute cette pression qu'il y a autour. Les séances photo, les interviews. Quand j'aborde un entretien en étant moi-même, en essayant d'être sincère par rapport au film que je défends, la personne qui m'interroge cherche toujours à savoir ce que je peux cacher : Qu'est-ce qu'elle a derrière ? Parfois j'ai fait exprès de donner des interviews en étant terriblement agressive, je me suis fabriqué une attitude et là ils étaient contents. C'est vrai que le manque d'anonymat est parfois difficile à porter. Il y a des moments où j'ai envie de tout envoyer balader. Il y a une atteinte à la liberté. J'aime bien être à l'étranger, je peux me laisser aller, embrasser un amoureux dans la rue ou dire des gros mots... Mais j'ai du mal à parler de ce genre de contraintes parce que j'estime faire un métier privilégié. »
Difficile en effet de garder l'anonymat quand la vie privée devient publique et offre, à la une, aux spectateurs, une passionnante histoire d'amour avec dans les rôles principaux Nathalie Baye et Johnny Hallyday. "L'intello" et "la bête de scène". « J'ai un côté naïf, un peu idiot. Je me suis crue plus forte, j'ai pensé que l'on pourrait contrôler cette histoire. C'est incontrôlable... J'espérais qu'on allait pouvoir s'en sortir. Je refusais de voir tout ça, je passais mon temps à faire des procès, j'en avais marre. On vous dit : "Vous êtes complètement piégés, alors faites carrément des photos ensemble, ça désamorcera le truc !" Ça a été infernal ! La veille de la naissance de ma fille, je n'ai pas pu rentrer chez moi, la maison était cernée de photographes ! ». Le public voulait en savoir plus, il n'a toujours pas compris la fin du film ! « Il y a toute une partie de Johnny que les gens ne connaissent pas. Il est beaucoup plus père tranquille qu'on le croit. Entre nous il y a eu pendant quatre ans ce terrain d'entente. Johnny a une image de rocker, mais c'est la face boulot. Il sait parfaitement vivre son succès et jouer avec son image. Toutes les salades avec les filles, c'est lui qui les propose, il les met en scène et raconte chaque fois une histoire différente. Les stars se réveillent tous les matins en se demandant comment faire pour ne pas tomber. C'est un boulot. De l'autre côté il y a la face humaine qui peut être terriblement séduisante et attachante. C'est une très belle histoire d'amour avec un homme que j'ai vraiment aimé, avec qui j'ai un enfant. On est encore très proches. Je crois que je le faisais beaucoup rire. Il aimait bien rentrer le soir à la maison. Toutes ces histoires, "Elle fait le vide de ses copains autour de lui", c'est une bêtise ! D'abord je n'ai pas eu à faire le vide, les "quelconques" sont partis d'eux-mêmes. C'est drôle comme les rats reviennent dès qu'ils le peuvent ! »
« J'adore les histoires difficiles, c'est un bonheur incomparable. Deux hommes ont vraiment compté dans ma vie, Philippe (Léotard) avec qui j'ai vécu sept ans, et Johnny. Deux hommes diamétralement opposés, même s'ils ont quelques points communs... je suis beaucoup plus dingue qu'on le croit. En tout cas, la plus cinglée des deux c'était moi : pour eux c'était très raisonnable d'être avec moi, pour moi pas du tout ! Maintenant, la coiffe d'infirmière, je l'ai mise au panier... »
Une dinguerie difficilement décelable pour son public qui se plait à voir chez la comédienne l'image d'une petite cousine de province, bien sous tous rapports, ordonnée et responsable. « La Provinciale, le film de Goretta, m'a immédiatement figée dans cette image. C'était l'horreur ! Cette image existe peut-être parce que j'ai très souvent joué des personnages auxquels le public pouvait s'identifier facilement, pas des personnages qui font peur ou rêver. Ça rassure. Ce que les gens aiment en vous, vous ne pouvez pas le changer. Je le vois dans les lettres que je reçois. Elles font uniquement référence à mes personnages sages et oublient les autres. On ne me dit jamais : "Mais pourquoi avez-vous fait ce film, c'est pas bien." Pourtant mon personnage dans Martin Guerre était gonflé pour l'époque, une femme qui choisit un homme qui n'est pas le sien. Et dans Notre Histoire de Bertrand Blier, je jouais une femme à la dérive qui se tape tous les mecs du département ! »

Nathalie Baye, petite fiancée de la France et femme de personne. Pas de collaboration suivie avec ses metteurs en scène ou producteurs à l'instar des Godard-Karina, Chabrol-Audran, Truffaut-Ardant, Toscan-Huppert, Cassavetes-Rowland... Pas de personnage qui serait la projection du fantasme rêvé d'un réalisateur inspiré par "sa muse". « Le réalisateur qui a écrit un personnage en pensant à moi, c'était justement Blier dans Notre histoire. Et voilà comment il m'a imaginée... J'arrivais au studio de Boulogne où m'attendaient soixante mecs en pantoufles et je devais tous me les taper ! Si j'avais été la femme d'un autre metteur en scène, je ne pense pas que Blier m'aurait proposé le rôle de Donatienne... Il se serait pris un pain dans la gueule ! (Rire). Pour une actrice, je crois qu'être la femme d'un metteur en scène isole considérablement. Moi, ce qui m'intéresse, c'est cette espèce de voyage dans l'univers d'un réalisateur qui est différent pour chaque film. »
Étrange paradoxe du comédien entre image à l'écran et sa personnalité. Fragilisée dans un métier où l'actrice se risque dans des rôles défis et s'offre en pâture aux désirs des réalisateurs et du public (la course au succès), insécure dans sa vie privée où elle choisit la liberté, Nathalie se blinde et structure sa vie. « J'ai une vie assez décousue, jouer est toujours un danger, un moment de vertige. Le succès fait partie du métier. On fait tout pour en avoir. Il faut chaque fois séduire, reconquérir ». Son père, artiste peintre, refusait cette course à la reconnaissance. Il n'a jamais exposé ses toiles. « Ça venait, je crois, d'un orgueil terrible. Il avait peur qu'on ne l'aime pas. »

Très tôt, Nathalie a été animée d'une profonde volonté de réussite. Enfant dyslexique, élève médiocre, elle se choisira elle-même une discipline féroce. À treize ans, elle entre dans un cours de danse avec une idée de revanche. Un besoin de devenir la meilleure. À dix-sept ans, pour parfaire sa technique, elle part seule à New York et paye ses leçons en faisant du baby-sitting. « Avec mes parents qui se sont déchirés toute mon enfance pour terminer par un divorce atroce, j'aurais dû être totalement déséquilibrée. Pourtant ça m'a donné une force incroyable ». Nathalie refuse de se complaire dans ce qu'elle appelle "le goût du malheur". Face aux difficultés, elle s'accroche. « Mais dès qu'une histoire devient quelconque, je me casse très vite. J'ai toujours vu ma mère souffrir dêtre dépendante de mon père. Elle se plaignait de ne pas être assez aimée, de ne pas avoir d'argent, de ne pas être reconnue dans son art (peintre-écrivain). »
La chance de Nathalie : une santé morale en son béton armé. « C'est un don de la nature, la seule chose dont je sois fière. Mon équilibre m'évite les mesquineries, les jalousies, les coups bas du métier. Je crois qu'on ne m'a jamais fait quelque chose de moche ! » Un aveu surprenant dans un métier où les coups bas sont plus fréquents que les caresses ! Ou bien est-ce l'expression de cet optimiste à tout crin pour bétonner une apparente confiance en soi. Nathalie avoue ne jamais avoir donné de coups de téléphone ni de petites bouffes-coco pour "se vendre". Pas de clan Baye autour de Nathalie la solitaire. « Mon ex-agent (elle est aujourd'hui représentée par Dominique Besnehard) était toujours averti après moi des films que je ferais. Il se contentait de discuter des contrats et des problèmes de loge sur les tournages. Je n'ai rien fait d'extraordinaire pour tourner tous ces films, si ce n'est essayer d'être le mieux possible dans chacun d'eux. je ne crois pas au plan de carrière. Je préfère jouer avec le hasard, j'aime ce côté joueuse. »
Nathalie serait-elle bénie des dieux ? Pas une ombre n'obscurcit le ciel bleu de la vie de star ? « Bien sûr certaines choses me dérangent dans ce métier. Par exemple le manque d'imagination des metteurs en scène, des producteurs, qui ont toujours tendance à prendre la direction du vent. Après La balance, on m'a proposé quarante personnages identiques. »
Certains acteurs, pour éviter l'attente des coups de téléphone ou l'hypothétique désir d'un réalisateur, préfèrent prendre leur destin en main. Ils recherchent l'adaptation possible d'un bouquin, se battent pour en obtenir les droits, se coltinent le montage financier de leur projet et jouent souvent en mettant leur cachet en part production. « Je me trouve lamentable, mais je suis incapable de provoquer un projet. Je suis une dingue de George Sand, j'ai lu toute sa correspondance, ses biographies, ses œuvres. je rêvais d'interpréter cette femme libre qui a réussi sa vie d'amoureuse, de mère, d'écrivain et de voyageuse. J'avais le feu vert d'Antenne 2 et d'un grand distributeur. Et tout a capoté sur le choix du metteur en scène. Quel réalisateur français accepterait de tourner un film dont il ne serait pas l'auteur ? On a fait des listes, et... les démarches sont tellement longues... le désir s'effrite. Ça m'a gonflée, j'ai laissé tomber ! Il faudrait que je m'y consacre entièrement et je veux garder du temps pour ma vie et ma fille. Oui, j'ai un coté raisonnable et rassurant mais pour changer d'image encore faudrait-il qu'on me donne d'autres rôles ! Il faut que ce soit une comédienne comme Nicole Garcia qui pense à moi pour le rôle de Camille dans Un week-end sur deux, et Camille n'est vraiment pas rassurante ! »

Plutôt perturbée, en effet, cette Camille, une comédienne qui a connu des jours meilleurs et traverse une passe difficile. Réduite à animer à Vichy un gala de charité minable, obligée de se répandre en sourires forcés pour annoncer la tombola et flatter les sponsors locaux. Séparée de son mari, Camille a entraîné dans cette galère vichyssoise ses deux enfants dont elle n'a pas la garde. Devant les menaces du mari, Camille prend la fuite avec ses gamins plutôt récalcitrants à l'idée d'un voyage désorganisé. Camille devra gérer seule, tant bien que mal, ses problèmes de mère, de femme, d'actrice...
Dans Un week-end sur deux, Nathalie Baye tient un de ses plus beaux rôles. Émouvante quand elle passe du fou rire nerveux à la crise de larmes terrassante. Épatante d'enthousiasme quand toutes jupes retroussées, elle fait la roue sur la plage pour amuser les gosses. Bouleversante en déboussolée, seule sous la voûte étoilée d'un ciel ibérique, guettant l'étoile filante... Un rôle fort, le plus "interpellant" peut-être pour la comédienne qui pourtant déclare : « Camille est le plus grand contre-emploi de ma carrière. » À voir... Mais elle ajoute : « Il peut m'arriver aussi comme Camille de ne plus travailler demain, ça me fait peur, bien sûr. Si ça ne marche plus on peut vivre près de deux ans sur son nom, son image, à faire ce genre de galas. Souvent on nous propose 40 000 ou 50 000 francs pour présenter un truc ici ou là. Mais si ce jour arrive, j'espère avoir la force de dire non à tout ce qui touche ce métier. Je ne possède rien à part une maison en Creuse que j'ai achetée il y a quinze ans pour 35 000 francs, pas de terres, pas de parkings, pas de laveries ! Je n'ai jamais été mariée, je n'ai pas de pensions. Tout ce que j'ai gagné, je l'ai claqué, mais je ne vis pas au-dessus de mes moyens. »
«  Je viens d'une famille où il n'y avait pas d'argent. Mon père et ma mère, très bohèmes, ne vivaient pas de leur art. Ce sont des gens qui ont du charme, intelligents, drôles, avec des tas de copains chez qui on habitait de temps en temps, des endroits très agréables mais provisoires. Le manque d'argent n'était pas douloureux, on n'était jamais en HLM. Mon luxe c'est de ne pas me créer de dépendance. J'ai un rapport très amoureux avec mon métier. J'ai la chance de pouvoir m'arrêter de jouer quand je veux et attendre que le désir revienne. Beaucoup de gens vivent à droite, à gauche, s'éparpillent, mais profondément, à l'intérieur, c'est assez étriqué. J'essaye que ce soit le contraire. il y a toujours un danger à jouer, alors je structure à l'intérieur. Comme dit Oscar Wilde : "Pensez en artiste, vivez en bourgeois". »